vendredi 6 février 2009

Radios associatives... radio numérique... go? nogo?

Au début des années 80, ce sont les radios associatives, les radios dites « libres », qui ont ouvert la voie de la libéralisation de la bande FM et de la radio française. Une fois libérée, le monde de la radio a subi l’influence libérale.

Un certain nombre de radios associatives ont perdu, par lassitude et départ progressif des fondateurs leurs originalités militantes pour adopter une démarche commerciale. Le CSA favorise d’ailleurs cette mutation en autorisant les radios associatives (catégorie A) à financer une part de leur fonctionnement avec des recettes émanant de la publicité, puis, pour les plus entreprenantes à changer de catégorie (A vers B par exemple).

C’est clair, les radios associatives n’ont plus la cote dans notre paysage audiovisuel désormais convenu. C’est clair, la norme de radio numérique terrestre hertzienne T-DMB n’est pas adaptée aux radios associatives. Quand bien même certaines d'entre elles bénéficieraient d'une autorisation en numérique, il sera difficile d'assurmer pendant 5, 10, peut être 25 ans, une double diffusion FM + T-DMB. Les radios associatives sont essentiellement locales, et, pour le peu qu’elles disposent d’une autorisation T-DMB, leur insertion minoritaire dans un multiplex engendrera des complications, des dépendances et des frais supplémentaires. Les ressources T-DMB sont d’ores et déjà très insuffisantes et, assurément, c’est le lobbying des chaînes nationales commerciales qui aura raison du monopole de la ressource. Bref, les radios associatives sont alors condamnées à militer à vie pour exister jusqu'à oublier la cause qui fondait leur raison d'être.

Le T-DMB est un moyen de radiodiffusion numérique optimisé pour un rayonnement national. Le T-DMB est tout sauf le média militant qu’a été la bande FM dans les années 80. Il est taillé sur mesure par les pouvoirs publics pour servir la masse. Il se nourrit des programmes commerciaux convenus et parfaitement compatibles avec les codes qui lient le petit univers radiophonique parisien aux chaînes de radio nationales.

Par opposition à la radio numérique terrestre (T-DMB), l’Internet permet la diffusion en numérique, à des coûts dérisoires et sans limites géographiques des programmes des radios associatives et militantes.

Les progrès de l’internet mobile permettent d’ores et déjà d’écouter avec des smartphones, iphones et plus récemment des autoradios 3G une multitude de programmes radio émanant du monde entier. Le battage médiatique qui est orchestré autour de la radio numérique terrestre par les autorités et par le CSA nous fait oublier que la radio par Internet est tout simplement « Numérique ». Enfin, la bidirectionnalité de l’Internet, permet de rétablir les notions d’échange, de dialogue, de réversibilité qui fondent bien souvent les projets des radios associatives et militantes.

Au cours des dix dernières années, des progrès incroyables ont été réalisés au niveau des récepteurs FM grâce à la technologie de décodage numérique par logiciel (software radio). La sélectivité des nouveaux récepteurs FM mis actuellement sur le marché permet d’extraire du bruit et des interférences, des signaux analogiques inaudibles jusque là. Cette sélectivité permettrait d’envisager une nouvelle vague d’optimisation du spectre FM au cours des 10 prochaines années. La compatibilité mondiale de la radio FM, la simplicité de ses récepteurs, de ses émetteurs et son rapport qualité prix imbattable lui apportent une universalité similaire à celle de l’internet.

La radio en FM a encore de beaux jours devant elle. Elle empruntera progressivement les voies numériques de l'internet fixe et mobile. Coincé entre une radio FM mondiale, et un Internet mondial, et une norme de téléphonie cellulaire mondiale, la radio numérique terrestre T-DMB constitue une émanation temporaire des salons parisiens. Le T-DMB ne mérite donc pas, à mon sens, l’espoir, l’intérêt et la considération des radios associatives et militantes.

2 commentaires:

Trevor a dit…

Ok, totalement d'accord, avec une réserve cependant; les radios associatives ne doivent-elles pas pourtant avoir également droit de citer sur le canal de la radio numérique ? Histoire d'y être ? Y être.

Gilles Misslin a dit…

C'est tout l'objet de l'article. Selon moi, je pense qu'il n'y a pas beaucoup de risques à faire l'impasse qui consiste à ne pas y être.